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Le monde enchanteur de Jean-François Scalbert

Article de Jean-Pierre Girod paru en novembre 2013 dans le Quotidien Jurassien.

Exposition jusqu’au 17 novembre, la galerie de la FARB, à Delémont, présente les oeuvres cinétiques de Jean-François Scalbert. Un monde poétique et ludique, plein d’invention, mêlant humour et mélancolie.

Décorateur de formation et titulaire d’un brevet d’enseignant, Jean-François Scalbert est né à Boulogne-Billancourt (F) en 1953. Il s’est installé dix ans plus tard dans le Jura avec sa famille et vit aujourd’hui à Bressaucourt. Depuis 1977, il a exposé une quinzaine de fois dans l’ensemble du Jura, ailleurs en Suisse et à Paris. 

De l’Artisanat à l’art

En plus de 35 ans de création, Jean-François Scalbert a passé avec entrain “du pantin au hasard”, comme il dit, mais bien plus que cela, de l’artisanat à l’art. On a encore en mémoire les Kiosques à pantins, puis les Pantinophones, dont le premier remporta en 1976 un concours de création organisé par la Quinzaine culturelle de Moutier. Conçues comme de petites scènes, ces boîtes abritaient des musiciens articulés, figures de bois mues par des ficelles d’abord, puis par un système d’engrenages entraîné par une manivelle. Un mécanisme musical sommaire leur permettait de jouer des airs simples. Au fil des années, Jean-François Scalbert a perfectionné ses créations, devenues des Girophones, puis des Billotons (machines à billes musicales).

C’était charmant, ingénu, ingénieux, mais rien à voir avec les créations d’aujourd’hui, hormis le mouvement qui continue de les animer. L’artiste s’en explique par sa découverte de la machine de Tinguely, à l’Exposition suisse de 1964, qui le fascina et l’influença d’une certaine manière, bien que Scalbert n’ait jamais adhéré à cette esthétique purement mécanique. Au fil des années il a développé une oeuvre personnelle, raffinée, étrange et poétique. Quand l’artiste affirme que depuis ses premiers pantins il a fait confiance au hasard, comprenons qu’il s’est fait guider par un instinct particulièrement aiguisé. Car que deviendrait le hasard sans la curiosité, sans les recherches sur les propriétés de l’engrenage et du moteur électrique, sans cet émerveillement candide et communicatif qui se manifeste dans tout ce que l’artiste bricole, invente et peint?

Inventivité et poésie

La galerie de la FARB présente une quarantaine de sculptures mobiles, de peintures et tableaux cinétiques récents qui tous surprennent par leur vitalité créatrice, leur inventivité, leur finesse d’exécution. Dans ses peintures, Jean-François Scalbert est loin des fonds un peu naïfs de ses Girophones du début des années 1980. C’est qu’entretemps, il a traversé une période surréaliste à laquelle son père, psychanalyste (et musicien comme le reste de la famille), n’est sans doute pas étranger. Peu à peu, ces fantasmagories remontées du subconscient ont fait place à une abstraction née de l’observation de jeux de lumières et d’ombres, de reflets, qui donnent lieu à des tableaux aux effets raffinés, d’une totale originalité, suggérant le mouvement, tout au moins l’instabilité des choses. Ainsi cette vue à travers une fenêtre ruisselante de pluie ou cette étrange Séparation après chute présentant des masses en dislocation.

Avec les tableaux cinétiques, on entre dans un monde plus surprenant encore. Pour mémoire, l’art cinétique est apparu au début du siècle dernier avec Naum Gabo, Duchamp, le Futurisme, avant de connaître son véritable développement après la Deuxième Guerre grâce à Calder, Vasarely, Soto, les créations cybernétiques de Nicolas Schöffer, entre autres.  Il se fonde aussi bien sur le mouvement d’éléments de l’oeuvre que sur les illusions d’optique produites par le déplacement du spectateur devant le tableau.

Scalbert utilise ces deux variantes mais privilégie le mouvement réel. Sur des fonds souvent abstraits, évoquant parfois les signes dansants de Paul Klee, plus souvent l’univers incertain des matiéristes, il insère d’astucieuses petites mécaniques faites de tiges, de poulies, d’une chaîne de vélo, d’engrenages de toutes sortes incluant même la roue carrée chère aux montres Maurice Lacroix. Un bout de manche à balais traverse une toile, une autre donne l’impression d’être peinte dans l’instant par les petits rouleaux de couleurs glissant à sa surface, ailleurs des tiges de bois actionnées verticalement font apparaître le visage de Serge Gainsbourg. Et dans l’ambiance mélancolique d’un petit tableau charbonneux s’éclairent soudain les fenêtres de gratte-ciels couvés par une lune moirée qu’une hypothétique brume masque passagèrement. Autant de scènes propres à susciter l’émotion, qui se mettent en branle et produisent des sons dès que le visiteur passe devant, grâce au détecteur de proximité intégré au mécanisme. 

Voici bien un monde à part, qui touche par son inventivité, par l’évocation d’un dépaysement absolu, par une poésie tantôt suave, tantôt grinçante, qui jusque dans l’extravagance est énoncée avec un naturel qui suscite l’enchantement. Un moment de pur plaisir.

Jean-Pierre Girod, 02.11.2013
 
 Expositions antérieures  
1977 Exposition au Moulin à Porrentruy, CH
1978 Galerie du cerntre de rencontre de La Chaux de Fonds, CH
1979 Galerie Imtenn à Muttenz, CH
1979 Galerie Drahtschmidli à Zürich, CH
1981 Exposition des artisans du Palais des Congrès à Paris, F
1981 Galerie Terre d’Aube à Porrentruy, CH
1982 Galerie Zahno Moutier, CH
2000 Exposition aux Hospitalières à Porrentruy, CH
2001 Galerie de l’Empreinte à Court, CH
2002 Galerie du Peyrou, Neuchâtel, CH
2012 Galerie “in der Bau & VerkehrsdepartementKantons Basel CH
2013 Galerie Farb, Delémont CH
2014-2015  Kunsthalle Berne CH
2016-2017 expo MUZEMU, Terras-de-Bouro, Braga Portugal
depuis 2018 expo permanente MUZEMU à Cambieure, Aude, France
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